Pour édifier une seule de ces turbines, parmi les plus grandes éoliennes terrestres au monde, il faut :
  • Éventrer la forêt sur près d’un hectare, pour que la grue puisse travailler, et enfouir un socle indestructible de 2500 tonnes de béton.

  • Modifier les routes d’accès, qui doivent faire 6 m de large. Les aménagements entrepris dans les communes ces dernières années seront détruits si nécessaire.

  • Acheminer les pièces de l’éolienne au moyen d’un convoi spécial de 24 camions.

  • Placer l’hélice de 75 tonnes non-recyclable et ajouter les 600 litres d’huile pour le rotor.

  • Brancher le flash de nuit, le chauffage électrique des pales et la ligne à haute tension.

  • Dévier le parcours Vita, le parcours kilométré, les sentiers équestres, à cause des projections de glace[1] :  la vitesse étant de 300 km/h au bout de la pale, il interdit de s’approcher durant l’hiver.

 

[1] Un cas d’accident grave évité de très peu dans le Jura est visible ici : https://www.youtube.com/watch?v=I6XboNjK5jA. Les éoliennes du Peuchapatte sont pourtant munies d’un système de dégivrage des pales.

En Suisse, les éoliennes ne tournent en moyenne qu’à 18% de leur capacité

Ces gigantesques machines ont été conçues pour fonctionner sur des littoraux ou des plaines au climat venteux : courants forts et réguliers, air dense, peu de gel, pas d’habitations à proximité. Au contraire, le plateau suisse, ceinturé de montagnes, est très bâti et peuplé, son climat peu venteux[1]. Dès lors, quel rendement réel faut-il attendre de ces machines, lorsque on sait qu’on devra obligatoirement les arrêter quand les chauve-souris chassent, quand les oiseaux migrent[2], quand le givre se forme sur les pales, quand l’armée s’entraîne à basse altitude, quand les pales font de l’ombre trop longtemps sur les logements (effet stroboscopique), etc. ?

 

Dans de nombreuses situations météorologiques, comme la canicule, l’hélice ne tourne pas, ou pas suffisamment pour produire. Heureusement, les éoliennes fonctionnent le dimanche… Le promoteur parle peu de ces contraintes dans ses projections. Il pense compenser ses pertes grâce au montant très important des subventions à la construction et à la production[3]. Malgré les sérieuses réserves exprimées par les communes, les particuliers et les associations lors de la consultation publique du Plan directeur, le Service cantonal de l’énergie a répondu que sa « pesée d’intérêts » était indiscutable, que l’« intérêt national » primait et que les détails seraient examinés au moment des études d’impact local. À notre sens, c’est une manière bureaucratique de mettre les gens devant le fait accompli. Nous nous posons aussi la question de l’objectivité du Service de l’énergie, puisque le Canton est le principal actionnaire de Greenwatt. Les promesses de productivité sont plus élevées que celles du Royaume-Uni, payé le plus venté d’Europe, ce qui aurait dû ramener à la raison les autorités[4] !

 

[1] L’Atlas des vents 2019 de la Confédération (disponible sur map.geo.admin.ch) a revu fortement à la baisse les mesures de vent par rapport à l’Atlas 2016, fabriqué avec les données des promoteurs éoliens avant la votation sur l’énergie en 2017.

[2] Pour les espèces de rapaces menacées, rien n’est prévu, malheureusement.

[3] La RPC (rétribution à prix coûtant) permet de payer 21 ct le KWh éolien alors que le marché est à ~5-6 ct.

[4] https://clubenergie2051.ch/2015/09/27/parcs-eoliens-suisses-quelle-productivite/

Un projet disproportionné dans une zone de détente, sans bénéfice notable pour le climat

L’avant-projet « les Collines de la Sonnaz » nous paraît mal ficelé sur plusieurs points. Vu la taille des éoliennes projetées (207 m en bout de pale dans les forêts), nous estimons, d’une part, la distance aux habitations insuffisante pour assurer la sécurité et la santé des habitants et, d’autre part, l’impact sur le paysage et le cadre de vie disproportionné pour un bénéfice minime. De plus, nous constatons que l’énergie éolienne indigène est chère, qu’elle ne contribue pas significativement à la lutte contre le réchauffement climatique (quand il n’y pas de vent, chaque éolienne doit être compensée par une source d’électricité fossile ou nucléaire ; en Allemagne, malgré 26'000 éoliennes, les émissions de CO2 n’ont pas baissé) et n’assure pas la sécurité d’approvisionnement du pays (on ne peut pas stocker l’énergie éolienne suisse par pompage-turbinage à cause de son prix trop élevé). En outre, il apparaît que les forêts concernées sont une zone de détente très fréquentée qui aurait dû être biffée d’emblée de la planification. Pourtant, sous prétexte que les « motifs récréatifs » ne doivent pas être pris en compte dans un plan directeur, les concepteurs ont complètement négligé cet aspect. Enfin, l’échec du projet de parc au Schwyberg en 2016, où le Tribunal fédéral a renvoyé le Conseil d’État et Greenwatt à leurs chères études, nous rappelle que le Plan directeur cantonal n’est pas infaillible.

Belles de loin mais loin d’être belles : un modèle contesté, qui ne produit que 0,2% de l’énergie suisse 

La Suisse s’est inspirée du modèle allemand pour sa stratégie éolienne. Après quelques années d’euphorie durant lesquelles l’idéologie industrielle verte (« greenwashing ») a fait illusion, la filière éolienne licencie massivement depuis 2018, suite aux problèmes rencontrés notamment en Allemagne[1] et en Pologne[2] : dès que les subventions baissent, l’éolien n’est plus viable. En France, le prix de l’électricité a déjà doublé à cause des subventions à l’éolien (taxe CSPE), sans que cela ne contribue à la fermeture de centrales nucléaires[3]. Les cantons et /ou les communes de Zurich, de Glaris, d’Appenzell, des Grisons, d’Argovie, de Thurgovie, de Schaffhouse, de Saint-Gall ont gelé ou carrément laissé tomber les planifications éoliennes. Ils ont jugé que le rendement prévu ne valait pas le sacrifice de leurs paysages. Les projets vaudois, neuchâtelois et jurassiens sont âprement combattus. Et nous, qu’allons-nous faire ?

 

[1] L’éolien terrestre allemand bat de l’aile, in « Le Temps », 16 novembre 2019, p.15

[2] Déclaration de Silésie : la Pologne a planifié le démontage de toutes ses éoliennes terrestres pour 2040.

[3] La fermeture programmée de Fessenheim est une vieille promesse aux Allemands sans lien avec l’éolien.

Rendement imaginaire, pertes immobilières bien réelles
  • Le site « Collines de la Sonnaz » a obtenu la note la plus faible parmi les 7 projets éoliens du canton du point de vue du vent[1]. Pour booster un peu les chiffres lors de sa présentation aux communes de Belfaux, Misery-Courtion, Courtepin et la Sonnaz, le 5 septembre 2019, Greenwatt a présenté des mesures de vent à 150 m du sol, provenant de la Glâne, alors que dans les documents de planification, on utilise normalement des mesures à 100 ou 125 m du sol.

  • Pour impressionner les propriétaires de terrains et les communes, les loyers promis se basent sur une comparaison très optimiste avec une des seules éoliennes rentables de Suisse, à Charrat, dans le coude du Rhône : ce site valaisan bénéficie des brises de montagne et de vallée, des courants réguliers totalement absents dans notre région.

  • La présentation se termine par des photomontages ne représentant que 6 éoliennes, tous pris à une distance d’au moins 1500 m des emplacements prévus alors que 178 bâtiments se retrouveront à moins de 750 m des machines, et plus d’un millier d’autre à moins de 1250 m. Selon les expériences française et allemande, la valeur immobilière des biens concernés va baisser de 28 à 46%[2]. Est-ce bien correct ? À vous de juger !

 

[1]Voir la carte des zones à potentiel éolien en annexe ; voir aussi la fiche « P0305 » du plan directeur cantonal, 03.07.2018.http://www.parlinfo.fr.ch/dl.php/fr/ax-5c1d2f790dd20/9_2_P_Projets.pdf. Aucune mesure fiable avec un mât de mesure n’a été faite récemment sur le site du projet.

[2] https://www.rwi-essen.de/media/content/pages/publikationen/ruhr-economic-papers/rep_18_791.pdf https://eolienne.f4jr.org/idees_recues. Le Tribunal fédéral a reconnu le problème en 2011. 12.07.2011 1C 33/2011

Pour une transition écologique à l’échelle humaine

La Suisse a décidé de sortir du nucléaire en 2017, et il n’existe aucune solution miracle pour y parvenir. Nous sommes d’accord qu’il faut encourager les énergies renouvelables, mais le Conseil fédéral doit proposer une manière équilibrée et responsable de réaliser la transition énergétique, dans le respect de notre Constitution, qui garantit la santé et la sécurité des personnes. Selon nous, le but de l’écologie devrait être de réduire les écarts que l’industrie a créé entre l’homme et la nature. Des éoliennes géantes dans les forêts à proximité de zones résidentielles iraient précisément à l’encontre de cet objectif. Nous estimons qu’avant de défigurer les campagnes, le canton pourrait commencer, par exemple, par faire couvrir de panneaux photovoltaïques les toits des institutions publiques et des grandes entreprises de Fribourg et d’autres villes, bien plus énergivores que nos villages. Le prix du KWh solaire est de plus en plus compétitif aujourd’hui (~11 ct. contre ~20 ct. pour l’éolien), et cet écart augmente chaque année, alors que l’éolien touche 2 fois plus de subventions. Surtout, le photovoltaïque rencontre bien moins d’oppositions, comme le prouve le rapport de monitoring de l’OFEN publié début décembre[1]. En mettant l’accent sur le solaire, comme le propose aussi Mme Sommaruga, cheffe du département de l’énergie, ce sont des particuliers qui pourront toucher plus de subventions et des PME suisses qui seront à l’œuvre plutôt que les fabricants allemands d’éoliennes. Les subventions à l’éolien pénalisent aussi l’hydraulique et retardent la recherche dans les nouvelles technologies prometteuses.

 

[1] Voir le graphique de l’OFEN en annexe.